STEPHANIE MAÏ
"diplômée de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers D'art" Paris
 
- création textile
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Mon inspiration vient de loin, d’un endroit riche en émotions, en saveurs, en couleurs… de Java, une des nombreuses îles qui composent l’archipel d’Indonésie.

Je puise dans mes souvenirs pour recréer des compositions observées, pour essayer de retranscrire la quintessence des paysages.

En 1998, la première fois que j’ai commencé mon vagabondage, c’était pour apprendre le batik, une technique textile traditionnelle. Le paysage alentour ne me laissait pas indifférente : des rizières à profusion, des terrasses végétales creusées dans les collines, des terres fraîchement labourées, des parcelles sèches, prêtes à être récoltées, des plants inondés, des gris intenses provoqués par les brûlis, des verts tendres, des jaunes paille…
Alors je suis retournée encore et encore dans ces contrées, à chaque fois au minimum deux mois, pour me laisser du temps, me laisser envahir par les couleurs des champs stratifiés et pour m’imprégner de l’atmosphère du moment.

Partir, errer, suivre un chemin et écouter ce que le lieu raconte, goûter l’air tiède et humide, se nourrir de la magnificence des lieux, s’enivrer des ambiances particulières des ateliers de fabrication du batik, humer les effluves de la cire chaude et des teintures appliquées sur le coton, se délecter d’un mode de vie doux et parfumé et surtout ne jamais se rassasier de tout cela ; tels sont les buts de mes voyages.

La contemplation de ces lieux est pour moi un moment de calme, d’isolement, de murmure, de solitude apaisante, de délicate introspection.
L’Homme ne figure pas dans mes créations mais sa présence est indirectement suggérée par le travail que demande l’organisation de ces cultures.

J’évoque des paysages, des parcours, des chemins, des herbes mouvantes, des pousses de riz à différents stades de maturité.
Chaque observateur peut y découvrir « son » paysage ou « son » trajet en se laissant guider par l’imagination.

Les morceaux de tissus coupés, déchirés, cousus, assemblés, attachés à d’autres rappellent qu’il s’agit de fragments de souvenirs. J’associe ces tissus à des bois flottés, des tôles rouillées et gravées, qui apportent leur expérience, leur vécu. Mes toiles sont des « tableaux-textiles », où la peinture acrylique côtoie les fils et les motifs des batiks.

Je ne voudrais pas faire ressortir des clichés de ces îles du bout du monde. Je suis bien consciente que ce pays merveilleux, remarquable est également en souffrance. Je n’ignore pas les problèmes économiques, politiques, écologiques…
N’y a-t-il pas dans mes réalisations des trous, des creux, qui sont autant de cicatrices, de blessures à vif que de bouches poussant des cris silencieux ?
N’y a-t-il pas certains fils enchevêtrés qui étouffent, qui enferment, qui piquent la toile ?

Il s’agit d’une terre égratignée, écorchée, morcelée, blessée, menacée et pourtant merveilleuse et généreuse.

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